jeudi 20 novembre 2014

La petite robe noire, d'hier à aujourd'hui

"La petite robe noire est un élément essentiel de la garde-robe d'une femme" - Christian Dior

 

 

  • Démarche créative de Coco Chanel

 

 

Gabrielle (dite Coco) Chanel, née en 1883 et morte en 1971, est une grande couturière française à l'origine de la maison Chanel. Élevée dans un orphelinat, la sobriété des lieux et la neutralité des couleurs lui auraient inspiré ses vêtements aux lignes épurées et sophistiquées, contrastant avec les toilettes chargées des élégantes du début du 20ème siècle. Elle crée des tenues avant-gardistes à la fois simples et pratiques, raccourcit les jupes, supprime la taille, libérant ainsi le corps de la femme des tenues trop encombrantes et ajustées. Pendant la première guerre mondiale, elle pallie au manque de matières premières en taillant des robes à partir de tricots de corps pour homme. Elle lance également la marinière et plébiscite les cheveux courts. La femme vue par Chanel est résolument libre, sportive et dynamique, parfois à la limite de l'androgyne. Celle-ci ne se mariera d'ailleurs jamais, refusant obstinément de se faire entretenir par un homme.

 

Coco Chanel considère que la toilette féminine se doit d'être sobre. Cependant, celle-ci n'est pas complètement dépouillée pour autant car elle crée des bijoux parfois massifs pour accessoiriser ses tenues. Pour Coco Chanel, le vrai luxe est dans la retenue et la subtilité. Elle dira: "Le luxe, ce n'est pas le contraire de la pauvreté mais de la vulgarité".

 

 

  • Évolution de la petite robe noire

 

 

La petite robe noire (Little Black Dress en Anglais) est un vêtement féminin créé par Coco Chanel en 1926, au coeur des années folles. Surnommée par le magazine Vogue "la Ford de chez Chanel", il s'agit à l'origine d'une robe noire aux lignes simples, courte et légère. A l'époque, la petite robe noire a une coupe droite, une encolure arrondie, des manches longues et s'arrête aux genoux, libérant le corps de la femme jusque-là engoncée dans des vêtements ajustés de style victorien.

 

Juste après la première guerre mondiale, de nombreuses femmes sont en deuil et s'habillent donc quotidiennement de noir. La création d'une robe du soir totalement noire en contradiction totale avec la mode de l'époque fait scandale, car cette couleur n'est alors portée que par les veuves ou les domestiques. Coco Chanel se serait basée pour la créer sur le sarrau d'orpheline qu'elle portait dans son enfance.

 

Paul Poiret, créateur de mode contemporain de Coco Chanel, dénigrera ce vêtement et sa créatrice en déclarant que celle-ci a inventé "la pauvreté du luxe". Le cinéma d'Hollywood contribuera à populariser la petite robe noire grâce à des vedettes telles que Audrey Hepburn ou encore Rita Hayworth. Elle sera également portée par la chanteuse Edith Piaf ou des femmes d'état telles que Jackie Kennedy.

 

 

  • Une robe à la fois mythique et intemporelle

 

 

Cette robe mythique a perduré aujourd'hui du fait de son caractère intemporel. Véritable "uniforme de la femme moderne" selon Vogue, sa coupe sobre et élégante s'adapte parfaitement à toutes les morphologies et occasions et permet de nombreuses variantes, tant au niveau de la coupe que de l'ajout d'accessoires. Symbole d'élégance et de raffinement, de très nombreux grands couturiers se sont appropriés la petite robe noire et en ont créé leur propre version: Givenchy, Yves Saint Laurent, Karl Lagerfeld, Thierry Mugler...Des versions en prêt-à-porter de cette tenue existent également, ce qui fait de celle-ci un vêtement véritablement démocratique, accessible à toutes les femmes quelle que soit leur condition sociale.

 

 

Petites robes noires 1

De gauche à droite: Catherine Deneuve, Coco Chanel, Audrey Hepburn et Brigitte Bardot

 

 

Ci-dessus quelques petites robes noires d'hier et d'aujourd'hui "en situation": certaines sont incontournables, pour ne pas dire mythiques!

 

 

Commençons par la plus iconique de toutes, celle de Coco Chanel: le chic à la française, tout simplement. La première petite robe noire se porte alors avec des manches longues et de nombreux accessoires, notamment des sautoirs. Une coupe simple réhaussée par des bijoux fantaisie très présents est l'une des marques de fabrique de cette grande dame de la mode de l'entre-deux guerres. A la fois modernes et raffinées, les lignes en diagonale que l'on peut voir sur le devant de certains de ses modèles en crêpe de Chine de la fin des années 20 sont en fait un clin d'oeil au style Art Déco.

 

Autre petite robe noire célèbre, celle portée par l'actrice Audrey Hepburn dans le film Diamants sur canapé (1961). Cette robe fourreau en satin noir que l'on aperçoit au cours du générique est griffée Givenchy. C'est l'une des tenues les plus emblématiques de l'histoire du cinéma hollywoodien. Cette robe de soirée est portée agrémentée de longs gants. Elle a été produite en trois exemplaires: le premier est conservé dans les collections privées de Givenchy, le second se trouve au musée du costume de Madrid et le dernier a été adjugé pour plus de 600 000€ lors d'une vente aux enchères qui s'est tenue à Christie's en 2006.

 

A la même époque, les actrices françaises adoptent elles aussi la petite robe noire. On peut ainsi voir Brigitte Bardot arborer lors de l'édition 1956 du Festival de Cannes une petite robe noire pour la promotion de son film Et Dieu créa la femme. Cette robe que l'on pourrait qualifier de "bain de soleil" comporte de fines bretelles, met en valeur le décolleté de l'actrice tout en affinant sa taille. Détail original, celle-ci est doublée d'un jupon blanc orné de pois noirs.

 

Quelques années plus tard, en 1967, Catherine Deneuve revêt également la petite robe noire, revisitée par le couturier Yves Saint Laurent dans le film Belle de jour. A cette époque où le prêt-à-porter se démocratise dans la capitale, l'actrice incarne la parisienne chic. Elle fera réaliser bon nombre de ses tenues par le célèbre styliste qui deviendra par la suite un ami proche. Cette petite robe est un savant mélange entre la coupe trois trous classique et un style résolument plus "rock", avec le ceinturon, les petits rivets placés au niveau de la poitrine et les poches plaquées sur le devant: un look sage, mais pas trop.

 

 

Démodée la petite robe noire? Détrompez-vous! Les années 2000 ne cessent de nous prouver le contraire.

 

 

A l'occasion des Tony Awards de 2009, l'actrice Anne Hathaway porte une robe à la fois élégante et originale signée Oscar de la Renta. La sobriété du bustier dépourvu de bretelles contraste avec la mousseline imprimée de plumes formant le bas assez volumineux de la robe. Pour accessoiriser sa tenue, la jeune femme a misé sur une paire d'escarpins de satin rouge Casadei contrastant avec le noir de la robe: la fantaisie alliée au luxe.

 

En 2012, en visite officielle au Brésil, Kate Middleton est radieuse dans cette petite robe noire. La Duchesse de Cambridge nous montre une fois de plus que sobriété rime avec élégance dans cette tenue en broderie anglaise signée Mulberry, simplement accessoirisée d'une ceinture en cuir verni mettant en valeur sa taille fine.

 

La même année, la française Audrey Tautou s'est également montrée vêtue d'une petite robe noire au Festival International de Toronto. Pour la première du film Thérèse Desqueyroux, elle a fait confiance à la marque italienne Prada et joué la carte du classique chic. Assortis à ses escapins dorés, les boutons latéraux confèrent une touche glamour à un ensemble tout en simplicité et en raffinement qui n'est pas sans évoquer un retour aux sources de la première petite robe noire imaginée par Coco Chanel.

 

Lors du gala de charité Celebrity Fight Night de septembre 2014, Amal Clooney nous prouve quant à elle que la petite robe noire peut également se prêter au jeu du tapis rouge.  Elle porte pour l'occasion une robe bustier en satin duchesse à la traîne ornée de sequins brillants. Une paire de boucles d'oreilles massives vient agrémenter le haut de sa tenue et focaliser l'attention sur son visage.

 

 

Petites robes noires 2

De gauche à droite: Kate Middleton, Amal Clooney, Anne Hathaway et Audrey Tautou

 

 

Saviez-vous que toutes les Petites Robes pouvaient être réalisées en noir ? Ces robes sauront mettre en valeur toutes les morphologies, notamment à l'occasion de soirées, galas, dîners...Réalisées en crêpe, les robes Diane, Hepburn ou Eléonore seront parfaites si vous recherchez la fluidité. Pour une brillance mate et un tombé plus raide, ces modèles peuvent également être réalisés en soie sauvage. N'hésitez pas à les choisir un peu au-dessus du genou pour un look moderne et pour danser jusqu'au bout de la nuit! Pour une soirée habillée, une robe longue sera également appropriée: effet "tapis rouge" garanti :)

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lundi 22 septembre 2014

Napoléon et le pashmina

Les élégantes peuvent remercier Napoléon pour avoir fait connaître le Pashmina en France....

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vendredi 8 août 2014

Dior et le New Look (1947-1957): une silhouette "femme fleur"

Je souhaitais depuis un moment faire un article sur la période du New Look (1947-1957). Ce moment de l’histoire de la mode m'a toujours passionnée: formes princesses des robes, tissus luxueux qui faisaient échos à mes rêves de voyages et de princesses de petite fille. Certes un peu "régressif" par l'image de la femme qu'elle dégage, mais finalement qui nous rappelle tellement les belles tenues que l'on pouvait confectionner il y a fort longtemps.


 

Je profite donc d'une petite visite au Musée Galliera (exposition "les années 50") et mon élan suite à la vision de toutes ces belles choses pour vous en dire un peu plus sur cette décennie.

 

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Comment cela a t-il commencé?


 

Les années de guerre (seconde guerre mondiale) ont été marquées par des restrictions à tous les niveaux. Alimentaires bien sûre, mais le manque d'argent et de produits divers obligeront les femmes à changer leur mode vestimentaire en optant pour des tenues plus courtes, droites et sans plis. Elles utiliseront des bouchons de bouteille (liège) pour fabriquer les talons compensés des chaussures. Avec peu de choses, les femmes essaieront de rester belles.

La silhouette de la femme est alors caractérisé péjorativement de « femme-soldat à la carrure de boxeuse » :-)


 

Après la guerre, en 1947, un nouveau couturier s'installera avenue Montaigne. Il s'appelle Christian Dior.

 

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Son style et les vêtements qu'il propose alors sont une révolution: jupes amples et longues, tailles marquées à l’excès (donc retour de la corseterie), épaules menues et gorges avantageuses modélisent cette féminité nouvelle qui servira d’idéogramme pour toutes les années 50.

 

La collection scandalisera des deux cotés de l'atlantique suite à ces années de guerre où l'on se privait. Le contraste est flagrant: Dior utilise parfois jusqu’à 80mètres de tissu pour réaliser ses robes!

 

Cependant, sa collection sera un véritable succès auprès des femmes : trop contraintes pendant la guerre, elles aspirent au rêve, à la légèreté.

Il relancera ainsi la haute-couture française. Il représentera alors à lui seul 49% du CA des exportations de la couture française! Il créera à ce moment un véritable empire en inventant le premier le système de licence : Il permettra ainsi à des fabricants d'accessoires de griffer leurs produits de son nom, ces derniers lui reversant des royalties. Il développera également plusieurs parfums.

 

L’éditrice en chef du Harper's bazaar (Carmel Snow), en voyant sa première collection en 1947, s'exclamera: "It is such a new look!". Le style lancé par Christian Dior sera dorénavant appelé "New Look". 

 

Ce style, ce sera la rupture avec les années de guerre, les années de rationnements, de jupes courtes et prêts du corps par manque de tissu, des épaules carrées, des tenues "pratiques". Le "New Look" ré-incarne la féminité dans toute son opulence et son épanouissement en rappelant les silhouettes des XVIIIème et XIXème siècles. Certes, d'autres décennies auront magnifiquement mis en valeur le corps des femmes: les années 30 grâce à des robes fourreau par exemple. Mais ici, Dior ne cherchera pas à dissimuler les hanches, la poitrine, ils les accentuera à travers les formes de ses vêtements.

 

 

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Ci-dessus, le fameux tailleur bar de la première collection dite "Corolle" bien représentatif de la silhouette en sablier du style Dior, puis la robe Palmyre de 1957, chargée en tissus et en détails élégants (noeuds, plis, bustier).

La photo suivante est celle d'Eva Perron (Evita), présidente d'Argentine. Ses collections avaient un succès international. La photo à droite montre la façon de travailler de C. Dior: il modélise sur la personne et ne travaille pas à plat, en utilisant des mètres et des mètres de tissus et en le coupant le moins possible. Il était architecte de formation.

 

Ensuite

 

Les années 50 fûrent dominées par l'empire des couturiers masculins sur la mode qui fait de la féminité une expression sublime mais aussi une cage. Qui sont-ils? Jacques Fath, Balenciaga, Pierre Cartin, Givenchy pour les plus connus.

 

Mademoiselle Chanel s'insurgera contre cette mode qu'elle considère archaïque pour la femme et propose en 1954 à travers son fameux tailleur une silhouette androgyne qui annoncera les changements de la décennie a venir.


 

Caractéristique du New Look

 

Selon le Vogue américain, il met en avant la silhouette "seins-taille-hanche" dites "sablier: les vestes et les robes sont cintrées, les jupes amples sont sous les genoux, les bustes sont épanouis, les tailles fines, les hanches larges. La première robe bustier aux épaules arrondies est créé par Marcel Rochas.

Christian Dior quant à lui voulait créer des "femmes fleurs": une taille fine marquée, une poitrine ronde et haute, des épaules douces et étroite. 

 

 Après le New Look, les années 60, en réaction à cette mode, simplifient la silhouette en proposant des robes ultra-simples (robes "sacs" de Givenchy ou Courrèges).


 

Résultat

 

Un chic, un glamour, une opulence et un luxe des tenues et des tissus. Une féminité accentuée et une élégance mondaine. "je voulais que mes robes fussent "construites" moulées sur les courbes du corps féminin dont elles styliseraient le galbe. J'accusais la taille, le volume des hanches, je mis en valeur la poitrine. Pour donner plus de tenue a mes modèles, je fis doubler presque tous les tissus de percale ou de taffetas, renouant ainsi avec une tradition qui fut longtemps abandonnée."C. Dior, mémoires.

 

 

 

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Ci-dessus, ré-interprétation des grands classiques de Dior lors d'une séance photo pour le magazine Dior de Jean-Baptiste Modino, avec Marion Cotillard.

A gauche, la petite robe Dior, à droite, le tailleur bar.

 

Aujourd'hui, les nouveaux créateurs ré-interprètent sans cesse l'esprit Dior: "une certaine classe, la nouveauté, la féminité".

 

De 1999 à 2011, John Galliano fera évoluer avec succès l'esprit de la maison Dior en gardant ses codes (générosité des matières et des détails, chic, silhouette en sablier) grâce à des mises en scènes impressionnantes (inspiration de l'opéra "Madame Butterfly", de l'origami Japonnais, des affiches de René Gruau, de l'univers anglais de Lady Grey, des dorures pharaoniques...). Rafs Simon retournera à ses fondamentaux en 2012 avec des robes bustiers et des volumes "Bar" (du nom du fameux ensemble des années 50).

 

robe egypte diorcollection dior madame buterflygalliano et dior

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Au-dessus, robe de la collection Egypte 2004 et 2 robes de la collection printemps-été 2007 de John Galliano pour Dior (Madame Butterfly).

En-dessous, robe de la collection John Galliano pour Dior Lady Grey, puis René Gruau (2011). A droite, Rafs Simon simplifie et épure les silhouettes.

 

lady grey diordior rene greau 2011rafs simons pour dior

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Comment s'en inspirer et pour qui?

 

Personnellement, ce que je retiens du style Dior, c'est l'élégance et la mise en valeur des courbes féminines. L'acceptation de la femme telle qu'elle est. La recherche du détail et de la ligne. C'est l'image du travail bien fait, de la recherche de l'excellence et du rêve.

En trouvant des vêtements qui marquent la taille et mettant en valeur les hanches, on peut retrouver la silhouette "Dior"; en rajoutant des petits détails élégants sur ses tenues, des petits noeuds, des grosses ceintures larges Obi pour bien marquer la taille. En jouant la délicatesse et la douceur à travers les couleurs, et la générosité à travers l'abondance de tissus.

 

Dans notre catégorisation de morphologies, ce seront les physiques pyramides, avec leurs petites épaules rondes et fines et leurs hanches généreuses qui se retrouveront dans les silhouettes de l'époque et les huit avec plus de poitrine. Mais toutes les morphologies peuvent se créer une allure "Dior"!

Retrouvez notre sélection de robes d'inspiration années 50 sur cette page, des étoles apportant une touche très chic sur cette page, la ceinture obi sur celle-ci et les petits accessoires (noeuds, roses en broches) ici. Nous vous conseillons le boléro Ravel pour accompagner votre tenue: il est prêt du corps et met bien en valeur la taille.

 

 

 

Si ce style vous plaît ou vous inspire, l'exposition est encore visible jusqu'au 2 novembre, au Palais Galliéra.

Palais Galliera, musée de la Mode de la Ville de Paris
10, Avenue Pierre-1er-de-Serbie, 75116 Paris -

 

 


 


lundi 7 octobre 2013

Une histoire de dessous: les silhouettes à la mode du XVIIIème siècle à nos jours

 

 

mécanique des dessous

 

Je suis allée vendredi dernier à l'exposition temporaire «  la mécanique des dessous» qui a lieu en ce moment aux Arts Déco .

 

En plus de pouvoir admirer les différents corsets, dessous, paniers, crinolines, ceintures d'estomac, tournures, faux-cul, gaines, push-up ect exposés, l'exposition nous permet de découvrir quelles silhouettes étaient à la mode depuis le XIVème siècle jusqu'à aujourd'hui, puisque tous ces artifices permettaient d'avoir l'allure parfaite pour correspondre aux canons de beauté de l'époque. Elle permet aussi de comprendre que mode et évolution sociologique vont de paire: l'évolution des dessous a suivi l'évolution de la libération de la femme.

 

Voici donc une petite rétrospective des différentes silhouettes du XVIIIème siècle à nos jours que j'ai répertoriées.

 

 Et vous, à quelle époque auriez-vous voulu vivre? Pour moi, cela aurait été la période Empire et les années 20 (j'ai un physique un peu androgyne,  je suis plutôt plate et j'aime l'esprit de ces années-là: emprunt de liberté et retour à la nature ou à l'orientalisme).

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Le XVIIIème siècle: être droit pour paraitre

 

La poitrine est haute, le buste conique, la taille est effilée.

 

Jusqu'à la révolution, c'est la robe à la française qui triomphe. Elle se compose d'une jupe soutenue par des fanons de baleines ou cerceaux d'osiers, d'un corsage piqué, baleiné et ajusté, parfois rembourré d'une pièce d'estomac portée sur le thorax et l'abdomen, sorte de plastron rigide maintenu par un busc ou du carton. Il est lacé dans le dos. La silhouette est modelée ainsi, grâce au corset à baleines et des paniers pour répondre aux normes de beauté de l'époque ou la taille doit être fine, la gorge elevée, ferme et bien arrondie.  Le corps feminin est entièrement reformulé pour gommer les formes naturelles. Le décolleté est typique de l'époque du rococo. Ce sont des robes avant tout de représentation (robes de cour).

Peu à peu, à la suite de l'ancien régime (emblème d'une classe qui n'existe plus) et du retour a la nature, le costume devient sobre et simple et s'inspire de la mode anglaise, plus champêtre.

 

 

Vous avez une morphologie "pyramide"? Cette époque est votre époque!

 

 des paniers doubles à poches                                                                          un corps à baleine

corps a baleine 1770

paniers cotes

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Et le résultat:

robe a panier 1760

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L'Empire: La mode est à l'antique

 

Le corps à baleine est abandonné, la poitrine est haute, la taille est marquée sous les seins.

 

A partir de la révolution, on cherche à renouveler le costume: B-C Faust, sur "le vêtement libre" en 1792: "nos habits sont de fer, ils sont l'invention des siècles barbares et gothiques. Il faut que vous brisiez aussi ces chaines si vous voulez devenir libres et heureux": libéré du vêtement pour être libre d'être, à l'image de la "citoyenne".

Le vêtement féminin se transforme radicalement en se débarrassant du corset et du panier. Jamais dans l'histoire de la mode (exception faite des années 20), les femmes ne furent si peu vêtues (fin XIXème elles se couvraient 10 fois plus).

On recherche la simplicité par opposition à l'ancien Régime et pour imiter la mode antique. Les femmes préfèrent de fines robes presque transparentes avec peu de vêtements au-dessous. Seules quelques brassières en coton serviront à soutenir la poitrine.

 

Vous avez une morphologie sablier ou rectangle? Vous auriez eu un succès fou!

 

 

robe empire

 

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XIXème siècle: Le corset règne en maitre

 

La poitrine est hissée, la taille est serrée, les hanches sont développées.

 

Après 1850, avec le triomphe de la bourgeoisie, les toilettes deviennent à nouveaux fastueuses et ostentatoires inspirées du style rococo du XVIIIème siècle. On porte 6 à 7 jupons superposés les un sur les autres que l'on remplace ensuite par des jupes à cerceaux (crinolines) et les jambes sont cachées par des culottes en coton. Les crinolines sont ensuite remplacées par des tournures qui accentuent la cambrure des seins, qui elles même se transforment en pouffes en crins qui rejettent le volume vers l'arrière, puis des queues d'écrevisses plus discrètes. Le corset à cette époque s'agrandit pour comprimer le corps de la poitrine au haut des cuisses. Le corsage est très ajusté, la taille est excessivement fine.

 

Vous êtes une morphologie "pyramide" oui "huit"? cette époque est votre époque de prédilection!

 

 

L'évolution de la tournure: de 1870 à 1890

 

evolution tournures

crédit photo: http://atelier.de.courdarello.over-blog.com/

De 1840 à 1870: les robes sont à crinolines, puis de 1870 à 1890, à tournures

 

robe a crinoline 1870robe a tournuretournure cage

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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1900: Le corset unifie la poitrine

 

La silhouette est ondulante, la poitrine en « oeuf », la cambrure en « S ».

 

On finit par éliminer petit à petit les "surcharges" de la toilette (concerne les accessoires "déformant"), pour gagner en mobilité. Les dessous feminins connaissent un changement sans précédent. Les sous-vêtements modernes apparaissent avec le soutien-gorge et la gaine, premiers pas d'une libération de la femme. On commence à lutter contre la dictature du corset (corset dit en « sablier ») que l'on reconnaît mauvais pour la santé. Une nouvelle forme est inventée (corset « droit-devant), qui va, sans appuyer sur l'abdomen, projeter la poitrine en avant tout en accentuant la chute de reins. Cela donne une silhouette en S, moins accentuée que fin XIXème siècle puisque l'on n'utilise plus la tournure pour soutenir la jupe mais seulement des jupons. La taille reste fine, les hanches larges sont mises en valeur.

amplificateur de poitrinesilhouette belle epoque

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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1920: Le corps se libère

 

Les corsets sous l'influence de Worth sont abandonnés, les brassières réduisent la poitrine, les tailles sont basses.

 

Avec l'intérêt que l'on porte pour l'Orient, on commence à porter des tenues plus fluide.

Après la guerre ou elles se sont débrouillées sans les hommes et sont entrées dans le monde du travail, les femmes veulent un style de vie moderne et libre qui s'exprime aussi à travers le vêtement. La promotion de la gymnastique diffuse une image nouvelle de la femme active. La silhouette androgyne apparaît et la taille n'est plus marquée. Le soutien-gorge apparait, complété, au niveau du ventre, par la gaine pour créer cette silhouette garçonne. L'élancement vertical, l'étirement en longueur vont de pair avec la minceur des hanches.Le but était de cacher les courbes du corps. Les femmes peuvent enfin s'habiller seules.

 

Cette période se termine avec la crise de 1929.

 

Vous avez une morphologie sablier ou rectangle? Vous auriez eu un succès fou!

 

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1940-1950: Le corps comme une architecture

 

Les tailles sont à nouveaux gainées, les seins pointus, les tailles structurées.

 

On restructure la silhouette. La corseterie fait sont grand retour: La gaine est largement utilisée pendant cette période, ainsi que les jaretelles, le combiné et les guépières affriolantes.

 

Pendant la 2nde guerre mondiale, les vêtements sont rationnés tout comme la nourriture. Ils deviennent donc plus simples et fonctionnels, sans excès de tissu. Les jupes sont courtes pour pouvoir faire de la bicyclette. Les vestes à épaulettes sont beaucoup portées (style "vêtement de travail"), la silhouette est en pyramide inversée.

 

Avec le New Look, Dior veut après la guerre mettre fin à cette période de restriction et remet aux goûts du jours les formes féminines, courbées et met en valeur le buste, la taille et les hanches. On s'inspire des jupes amples à crinolines du XVIIIème siècle portées avec des jupons. Les dessous, pour modeler les corps, sont donc très structurés. Le soutien-gorge devient une vrai pièce de corseterie en se dotant d'armatures et de baleines. 

 

Vous êtes une "pyramide inversée"? Les annees 40 vous vont si bien! Pyramides ou huit, vous correspondez aux canons de beauté des années 50.

 

robes pendant la guerre

 

vogue 1940

 

combiné de 1954                                                tailleur "bar" New Look 1950

combine 1954new look dior

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Les années 60-70: La liberté revendiquée

 

La silhouette est élancée, les dessous sont discret et la taille est basse.

 

Le collant apparaît (après les bas et le porte-jarretelle), les soutiens-gorges sont légers. La mini-jupe apparaît.

Suite à la crise de 1970, on remet en cause les effets de la technologie sur l'homme et l'environnement et on opère un retour à la nature avec des tenues longues, fluides et très libérées. Les mouvements d'émancipation de la femme cherchent un nouveau modèle: la femme filiforme et élancée succède à la pin-up. Les dessous doivent se faire donc plus discrets: grâce aux nouveaux textiles, invisibilité et légèreté sont possible. La frontière est réduite entre sous-vêtements et vêtements.

 

Vous êtes un sablier/mince, vous vous seriez senti dans ces robes comme dans un gant!

 

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Les années 80: La femme d'affaire libérée

 

La silhouette est en pyramide inversée, les épaules sont mises en avant, la poitrine est généreuse.

 

La femme porte des tailleurs structurés avec épaulettes, des pantalons moulants. La mode est à l'exubérance. De nouvelles matières pour les dessous apparaissent. La mode du vêtements de sports aussi apparaît. Le soutien-gorge devient un véritable emblême de la féminité, et contrairement aux années 70, on revient aux formes de lingerie du passé (ex: Chantal Thomass).

 

Pyramide inversée, cette période est faite pour vous.

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1990 à 2000: le corps maitrisé

 

Silhouette allongée, mince, poitrine généreuse.

 

 Le corset physique a progressivement été remplacé par un corset invisible, psychique. Le sport, la chirurgie esthétique, les régimes sculptent désormais le corps et remplacent le corset d'autrefois. Apparitions des caleçons, corsets vintages, shapewear ect... Les nouvelles formes de soutien gorges, body, corsets, gaines ect... et les nouvelles matières confortables permettent de galber le corps, modifier la poitrine (push up ect...), pour obtenir une silhouette mince, sportive et saine.

 

Les Huit et les sabliers, vous représentez le canon de beauté de notre époque.

 

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Cette exposition permet de nous interroger finalement bien sûre sur ce besoin perpétuel de l'homme de modifier -voir déformer- le corps pour correspondre à des canons de beauté que la mode lui impose.

 

En bref, moi je dis: trouvez votre propre style, chaque morphologie a ses atouts, personne ne correspond à une "perfection" inventée, il s'agit donc de mettre en avant ce que l'on préfère sur soi et d'être bien dans sa tête: si on est bien, on rayonne de l'extêrieur!

Logique mais souvent oublié.

 

La mécanique des dessous aux Arts Déco, Paris, du 5 juillet au 24 novembre 2013.

http://www.lesartsdecoratifs.fr/

 

Retrouvez ici l'évolution du corset en dessin:

evolution du corset

 

 

Sources:

 

"Histoire de la mode et du costume" de James Laver

Expostion " la mecanique des dessous" aux Arts Deco de Paris

http://www.carnetdebals.com

http://un-certain-regard.eklablog.com/