Emprunté au vestiaire masculin, le tailleur, version féminine du costume, s'est imposé progressivement en tant que pièce incontournable de nos dressing. Mais, au-delà d'un simple "classique" cette tenue vestimentaire est le symbole de la modernisation et de l'émancipation de la femme.

Les prémices du tailleur apparaissent dès le XVIIème siècle. Sous l'influence des sports équestres, les femmes adoptent la hongreline, sorte de veste d'origine hongroise à longues basques agrafée sur le devant et ajustée à la taille. Puis, peu avant la Révolution, les milieux élitistes reprennent la veste et la jupe aux couches populaires. Leur simplicité et leur confort correspondent parfaitement aux attentes du moment. Dès 1789, cet ensemble emprunte au vestiaire masculin certains codes comme les boutons, les poches, les cols et même les pantalons. Le vêtement colle alors parfaitement à l’actualité avec cette recherche d’égalité entre les sexes.

Ce n'est réèllement qu'en 1880 le tailleur s’impose, plus particulièrement auprès des citadines, comme une pièce à part entière du vestiaire des femmes. Ses origines sont attribuées à un anglais, Redfern, couturier britannique installé à Paris et à Londres, qui lance pour l’après-midi le costume-tailleur, composé d'une jaquette à basque et d'une double jupe à l'allure typiquement masculine. Simplifié, ce costume devient bientôt un classique de la garde-robe féminine, après son adoption par la princesse Alexandra, épouse du prince de Galles (le futur Édouard VII).

Dans les années 20, le tailleur obtient ses lettres de noblesse. C'est le vêtement du siècle! Symbolisant le modernisme et la tolérance, de jeunes créateurs tels que Paquin et Poiret en font leur leitmotiv. Dès lors, le tailleur profite des grandes mutations du XXeme siecle. Chez Chanel, Patou et Lanvin, il représente le goût, l'élégance et le style de la parisienne. Il devient un habitué des podiums de défilé. La Haute-Couture lui réserve d'ailleurs une place de choix et les couturiers, contrairement à leurs habitudes, le travaille avec simplicité en s'inspirant des costumes pour homme. Chaque créateur cherche alors, par des détails, à marquer de son empreinte l'histoire du tailleur.                                                             Chanel, Dior ou encore Jean-Paul Gaultier apporteront ainsi de la nouveauté au tailleur, qu'il soit tailleur-jupe, tailleur-short ou tailleur-pantalon, tout en respectant des principes de base : le tailleur doit être une tenue vestimentaire de deux pièces comportant une veste pour le haut et une jupe ou un pantalon (et ses variantes) pour le bas. Certains modèles, tels que les tailleurs Chanel ou le tailleur Bar de Dior, avec sa veste galbée ses épaules arrondies et sa jupe rallongée très ample, restent encore encrés dans les mémoires.

(Ci-dessus, un tailleur signé Chanel - Ci-dessous, le tailleur Bar de Dior) 
                                                                                                                                      

De nos jours, le tailleur s'inspire de styles nouveaux et de matières nouvelles, long ou court, souple ou rigide, en laine, tweed ou soie. Et bien qu'il soit parfois considéré comme un synonyme de conformisme et de classcisme, il reste incontestablement une des pièces phares de nos garde-robes, et symbolise le glamour, l'élégance, la féminité.

 
(Bibliographie : "Le costume tailleur" par Xavier Chaumette, Paris : éd. MPGL, 1992 ; "Le vêtement - création, conception, fabrication" par Marie-Noëlle Boutin-Arnaud et Sandrine Tasmadjian, Paris : éd. Nathan, 1997)